Écriture

Nous autres lémuriens / Mémoire

Nous autres lémuriens

Mémoire/roman composé de petits textes de tailles variables, à propos d’amours et d’interrogations diverses, plus ou moins intimement ancrées dans mes réflexions quotidiennes. Puisque nous ne sommes, au fond, que de grands singes parcourant un monde que l’on ne cesse de réinventer.

Extrait : 

“Saloperie de chat.

Depuis quelques temps, un chat s’est introduit dans notre atelier, à l’école d’art. Il est noir et sans doute jeune, pas farouche du tout. Malheureusement pour moi, il est aussi superbe, et attise les passions des dames. Malheureusement, car je travaille autour de la craie et de la poussière qu’elle produit, laissée au sol telle quelle et non fixée. Tout mon travail repose autour de l’acceptation de la perte de cette matière qui me fascine, et que j’ai produite à demi involontairement en travaillant. Comme elle n’est pas fixée, et n’est pas pensée comme étant à fixer, elle est volatile, et finira par disparaître/de ma main ou de tout autre accident éventuel. Aujourd’hui, nous sommes le mardi 29 novembre 2011, et ce matin en arrivant dans l’atelier, j’ai retrouvé dans mon accumulation de lignes de poussières de craie, deux empreintes de pattes de chat. Pas loin, je le vois, sale bête, se promenant tranquillement entre les différents espaces, mâchouillant du carton en passant ; vermine, parasite indésirable, animal nonchalant. Il me regarde, avec cet air arrogant et détaché commun à tous les chats. Je le regarde, le visage empli de haine. Il m’a eu.

Il a causé un accident, et en marchant sur mes lignes m’a mis face à mes propres règles. En outre, il m’a mis à l’épreuve : « Ah ouais, t’acceptes la perte ? C’est ce qu’on va voir ». Je suis en face d’un accident, et je dois y faire face.

Je regarde la ligne.

Elle est là, toujours aussi lumineuse, d’un bleu électrique fascinant. Malgré les traces de pattes, elle est toujours harmonieuse. La trace de pattes, le trou, fait désormais partie de la ligne, de son histoire. Elle est là, presque par terre car sur un autre tableau noir couché sur le sol, et depuis le début, quoiqu’il en soit, elle n’était pas censée rester figée dans le temps. Elle subit tout ce qui est plus fort qu’elle. Le chat, en l’occurrence, l’a réveillée. Métamorphosée. Elle est vivante. Elle est le témoin silencieux de tout ce qui lui arrive dans son temps de vie. Elle a changé, elle m’a déjà échappé. Et d’une certaine manière, elle me plaît bien comme ça. Je m’avance vers le chat, qui recule d’abord par crainte, puis je l’attrape. Il est doux, le mauvais diable. Il semble serein, ne bouge pas. J’ouvre la porte de l’atelier, et je le pose dehors.

Saloperie de chat.”

 

Auto-édition de format “Poche”, 96 pages

Commande à la demande, me contacter : florent.lefebvre87@gmail.com

Prix : 10 €

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